Développement territorial

« La bio, un investissement d’avenir »

Peio Etxeleku

Directeur commercial de la Fromagerie Agour, à Hélette

Notre première vocation, notre raison d’être, est de sauver le modèle agricole basque, le pastoralisme traditionnel qui s’appuie sur de petites structures, souvent en zone de montagne. Et nous pensons que le mode de production biologique se confond particulièrement bien avec ce modèle agricole peu intensif, respectueux de l’environnement, de l’Homme, des animaux, et des savoir-faire.
En second lieu, produire en bio répond à un vrai besoin sur le marché, ce qui n’était pas le cas quand nous nous sommes lancés dans cette démarche, il y a sept ans. La demande en bio est forte aujourd’hui, c’est pour nous un marché de niche, avec une valorisation produit intéressante.

Non, aujourd’hui, seuls 3 ou 4% de notre production est en bio, mais nous pourrions doubler ce chiffre immédiatement et le tripler dans les trois ans si nous avions en face suffisamment de producteurs de lait en bio.
De plus, nous n’avons pas encore de fromage bio sous appellation d’origine protégée (AOP) Ossau-Iraty, faute de producteurs assez nombreux en lait bio local pour organiser une collecte spécifique, que nous comptons cependant développer d’ici à trois ou quatre ans. Le lait à la fois AOP et bio maximise la rémunération : nous l’achetons 40% plus cher que le conventionnel. Beaucoup de jeunes agriculteurs font ce choix, et cela renforce leur exploitation.

Pleinement, le mode bio nous oblige à repenser le modèle économique de l’exploitation pour revenir à nos fondamentaux : le bon sens, l’économie de ressources et l’autonomie dans les intrants. La bio s’inscrit bien dans notre héritage d’attachement à la terre et à la maison, dans notre culture de la transmission.
On ne peut donc que se réjouir du projet Eau & Bio : il a remis le sujet de la bio au cœur de l’actualité des filières locales, du producteur au consommateur, et nous avons cinq ou six agriculteurs qui sont entrés en conversion. L’appel que nous avons fait avec le Syndicat de la Nive il y a un an a contribué à réveiller les consciences, et à montrer que la bio est un investissement d’avenir prioritaire pour la Maison Agour. Et ce ne sont pas les paysans auxquels nous aurions pensé qui sont entrés dans la démarche !